09 octobre 2007
Le Bras Qui Ne Repoussera Pas...

Azwaw, c’est un peu la terreur des rédactions de journaux. C’est aussi un peu la mauvaise conscience de toute cette presse née dans la tourmente de la révolution d’octobre. Il sait que c’est un peu grâce à lui que cette presse existe. Au fond de lui, même s’il ne le conceptualise pas de cette manière, même s’il ne le dit pas, il sait que cette presse lui appartient quelque part, il en est d’ailleurs un des «actionnaires» légitimes même s’il ne touche pas les dividendes en fin d’année et que son nom n’est pas en bas des pages des statuts notariés. Mais qu’importe les notaires et tous les ronds-de-cuir.
Cette presse lui appartient, parce qu’il en a été un des instigateurs malgré lui, avec tous les autres gamins sortis en 1988 dans la rue affronter les chars de l’armée… même si depuis, disons-le avec toute l’humilité qui y sied, les objectifs éditoriaux des débuts ont été déroutés vers des chemins de traverses où l’équivoque le dispute souvent à l’ambiguïté. Des objectifs parfois moins glorieux que ceux pour lesquels cette presse est née dans la douleur d’une césarienne et pour lesquels Azwaw a perdu un bras. Il avait 21 ans en 1988. Le bel âge. Mais le bel âge abdique devant la puissance de feu d’une arme de guerre. C’était à Bab El Oued. Une fusillade. Une panique. Des balles en trop et un bras en moins.
SAS
(Lire la chronique de Sid Ahmed Sémiane)
25 septembre 2007
Le Mystère des Lignes Bleues

Une main mystérieuse a pris des pinceaux invisibles pour tracer d’absurdes lignes bleues sur les autoroutes d’Alger. Mystère, invisibilité et absurdité créent de ce fait une coalition d’adjectifs pour occuper nos esprits déjà fortement malmenés par les turpitudes de la vie. Etonnement des automobilistes algérois qui s’interrogent à propos de ce mystère géré comme un secret d’Etat. Un secret défense. Deux ministères de la République, les mieux disposés à fournir des explications à propos de ces lignes bleues, jettent l’éponge. Se déclarent hors-jeu. Et hors coup. Le ministère des Transports et celui des Travaux publics ignorent tout de ces lignes douteuses, pourtant concernant avant tout ces deux secteurs.
SAS
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21 septembre 2007
Il Etait Une Fois La Guerre.

Je rentrais de vacances. Sur la route, j’ai croisé des camions militaires qui rentraient de la guerre. Etranges chassés-croisés. Absurde oscillation de la vie. Vacances et guerre peuvent alors se croiser sur une route nationale, dans un banal mouvement du temps ? un affreux hasard des routes ?
Il y a forcément un des deux mouvements qui est de trop dans cette figure du temps. Dans cette oscillation surréaliste des corps. C’est soit la guerre. Soit les vacances.
SAS
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08 septembre 2007
Paroles Anonymes à Propos d'une Violence Ordinaire

L’habitacle de la voiture nous sert de masque de protection en quelque sorte. Il nous cache de notre propre violence que nous ne voulons surtout pas admettre. Une violence que nous refusons de voir et que nous voyons dans le rétroviseur.
Des gens très distingués perdent toute notion de civilité derrière un volant et la retrouvent, comme dans une espèce de dédoublement de la personnalité, une fois en dehors du véhicule. Des gens qui disent bonjour aux voisins, s’occupent de leurs enfants, payent leur loyer, vont en vacances, lisent des journaux sérieux, des mondains parfois, qui se rasent chaque matin, embrassent tendrement femmes et enfants… Des gens chics. D’un certain âge. Pas des jeunots pressés.
SAS
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31 août 2007
En Attendant le Bon Bip.

"Je sais, je regarde constamment mon téléphone. Je vérifie les appels en absence. Il faut pas que je rate le rendez-vous. Dès que ça sonne, il faut que je me présente au port. Il y a un copain flic qui m’attend pour me faire entrer au port. Mes affaires sont prêtes. Vêtements. Et du matériel pour casser les cadenas du container de l’intérieur avant qu’on arrive en Europe. Dans un container, tu ne respires pas très bien mais tu respires quand même. Il faut éviter de fumer surtout. La dernière fois, ça a failli marcher. C’était une cheria. Quelqu’un a vendu la mèche. Il nous a arrêtés avant le départ du bateau."
SAS
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24 août 2007
Le Petit Père des Peuples n'est Pas Mort.

Comment arrive-t-on jusqu’à interdire d’antenne un chanteur ? Qui le
décide et pourquoi ? Quel est ce processus mystérieux qui aboutit à la
censure ?
Reda Taliani ne représente aucune menace. Qu’il soit
pour ou contre l’indépendance du Polisario ne va faire basculer aucun
des deux côtés de la balance. C’est son point de vue. On peut le
considérer comme étant un point de vue réactionnaire et totalement
idiot. Mais l’idiotie n’est pas un délit. Si Reda Taliani avait dit que
le Tibet, occupé par les Chinois depuis 1949, était une province
chinoise, personne n’aurait bougé le petit doigt pour appuyer sur le
bouton de la censure. Parce que l’Etat n’a pas de point de vue tranché
sur le Tibet.
La radio nationale a décidé de censurer Reda
Taliani parce qu’elle a estimé que son propos ne cadrait pas avec le
discours officiel. Le point de vue de l’Etat que la radio nationale
semble connaître parfaitement.
SAS
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16 août 2007
Philosophie du Silence

Pendant des années, c’était la police politique qui se chargeait de réduire au silence les gens, aujourd’hui, ce sont les médias. Est-ce que les médias sont la nouvelle police politique du siècle ? C’est un autre débat que personne n’entamera. Forcément.
SAS
sidahsemiane@yahoo.fr
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09 août 2007
Bled Noir et Blanc.

Pourquoi un homme du passé et du pouvoir inaugure-t-il la cyberdissidence quand dans tous les pays du monde ce sont des gens nouveaux, qui appréhendent la vie autrement, qui en sont les pionniers ? On a un ancien ministre de la Défense qui écrit des essais. Un commandant qui fait des romans à succès. Il y a même un commissaire femme au Central d’Alger qui fait de la poésie qui est publiée. J’ai lu tout plein d’articles élogieux sur elle. Je t’ai dit, c’est un pays de fous. Ils ont tout pris. Même la dissidence.
Bled noir et blanc. Je te l’avais bien dit.
SAS
sidahsemiane@yahoo.fr
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07 août 2007
La Panoplie du Parfait Député.

Un député, en Kabylie, connu pour ses pratiques de tonton macoute, a encore fait des siennes en jouant de la gâchette. Récidiviste impénitent, il a assassiné un jeune homme la semaine dernière. L’information a été timidement donnée par les uns et totalement mise sous le coude par d’autres. Il ne serait alors pas du tout étonnant de savoir que les lecteurs, même les plus assidus, ignorent totalement cette histoire. Pourquoi passer sous silence une aussi grave affaire ? Comment est établie la hiérarchisation de l’information ? Pourquoi un député qui tue un simple citoyen n’intéresse pas les médias, alors qu’un simple citoyen qui tuerait un député devrait nous intéresser ?
SAS
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28 juillet 2007
Alger la Bien Gardée.

Alger est triste. Profondément triste. Et l’été n’y peut rien. Elle ne mérite peut-être même pas tout le soleil qui se déploie sur elle. La pluie convient certainement mieux à cette ville. Elle colle pleinement à son aspect renfrogné. On a beau essayer de repeindre les murs de la ville, d’égayer ses façades, Alger reste sombre, malgré sa sublime lumière. A-t-elle perdu le sens de la fête ? L’eût-elle un jour ? Une certaine forme d’amnésie nous fait penser que la fête a pris la clef des champs à cause de ces quinze années de guerre. Même pas vrai, diraient les gosses. On sublime un passé qui n’a peut-être jamais existé. Ou si peu. Avant la guerre, Alger était déjà en guerre contre elle-même. Elle s’enfonçait dans une longue liste d’interdits bigots combinés à un malaise malsain, que l’Etat avait inaugurés bien avant le zèle de la dévotion hirsute, sur laquelle, le plus souvent, on déverse injustement toutes nos rancunes et nos échecs. «Il n’y a rien à faire dans cette ville», me dit Souad, une Libanaise installée ici, depuis quelques mois. Son constat est loin d’être sévère. Souad aime les gens, mais où les trouver ? Comment les aborder ? Dans quel café ? Dans quelle brasserie?
SAS
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sidahsemiane@yahoo.fr